Je tiens à préciser d'entrée de jeu que je suis né à Nice. Vous comprendrez plus loin pourquoi je donne cette précision.
Nice est une ville qui s'est considérablement développée et embellie depuis trente ans. Le tramway permet d'aérer des artères jadis saturées de voitures. La coulée verte est une pure merveille, de même que la place Masséna et la vieille ville, que les anciens ont connue sale et mal famée, quoique ayant conservé quelque aspect traditionnel. A présent elle est à l'image de toutes les vieilles villes des cités balnéaires : une zone commerciale festive et surfaite, mais c'est le prix à payer pour tourner définitivement le dos au passé des taudis.
On ajoute une politique efficace de transports en commun intra et extra-muros, un superbe arrière-pays où l'on peut facilement trouver le calme et le pittoresque, et un passé chargé d'histoire qui séduira amateurs de vieilles pierres et de beaux arts.
On passe aux aspects négatifs, et ils ne sont pas négligeables.
D'abord la perte des traditions, culinaires notamment, que l'on doit à un tourisme devenu obsessionnel. Difficile de trouver encore de la vraie cuisine niçoise, un parler niçois imprégné d'Italie, cet état d'esprit un peu frondeur qui n'a absolument rien à voir avec le médecinisme et ses reliquats contemporains,
Ensuite, Nice se résume pour ses aspects esthétiques, à son centre huppé, à sa Prom', à ses collines, à ses quartiers résidentiels hérissés de coupoles et de clochetons victoriens. Pour le reste c'est une ville assez banale et pour être franc, plutôt besogneuse. Ses anciens quartiers ouvriers qui s'étendaient au-delà de la rue de la République en remontant la vallée du Paillon sont devenus l'antichambre du cloaque que sont les sinistres quartiers Saint Roch, Bon-Voyage, Roquebillière et Pasteur. Si l'on ajoute les périphéries de Nice-Nord et des Moulins, sans oublier l'Ariane tristement connue, on constate une géographie assez critique : Nice dite la Belle est cernée de ce qu'on appelle aujourd'hui "les quartiers", lesquels abritèrent jadis des familles d'ouvriers et d'employés et à ce jour, le type de population qui nous vaut, à chaque élection, de retrouver aux manettes les mêmes élus populistes. Des gens qui ne font pas grand chose pour le peuple, en vérité, ni pour l'identité niçoise, qui appartient bel et bien au passé, mais dont leurs amis promoteurs immobiliers et leur électorat ultra-conservateur ne peuvent que se flatter de les voir parader, sourire aux lèvres, dans le tintement des casseroles qu'ils se trimballent dans l'indifférence des juges.
Dernier aspect négatif que je pointerai (et je m'en tiendrai là), c'est l'explosion des loyers, qui interdit de fait aux personnes qui ne jouissent pas de salaires de cadres supérieurs ni d'appointements de professions libérales, de trouver à se loger décemment. Les placards à balais foisonnent, vides et meublés, sous le joug de multitudes d'agences immobilières qui engraissent sur des bouts de papier, le moindre T2 hors des cloaques périphériques coûte un salaire médian au mois, ne parlons pas des T3 et plus. C'est de l'argent facilement gagné par des individus qui pour rien au monde n'habiteraient chez leur cuisine, pardon ! leur kitchenette, parfois qualifiée de "chambre de bonne", quand ce ne sont pas des sous-sol sommairement aménagés. Marchands de sommeil et propriétaires ventrus contribuent à leur seul profit, pas à celui d'une économie locale qui se porte très bien, merci pour elle, mais sûrement pas à l'image de la ville qui peut se targuer de ses 300 jours d'un soleil qui, pour info, brille aussi où la vie quotidienne revient moins cher, le Grand bleu s'étendant quand même jusqu'aux frontières de l'Espagne !