Témoignage anonyme : Mon expérience de 9 ans à Lyon
Quand je suis arrivée à Lyon à 18 ans, j’étais pleine d’espoir. J’avais envie de quitter le Nord de la France, où j’avais grandi, car j’en avais assez de la météo grise, des briques rouges omniprésentes et de l’impression d’être enfermée dans une routine. J’avais entendu tellement de bien de Lyon, notamment par la personne avec qui j’étais en couple à l’époque, que j’étais persuadée d’y trouver une ville lumineuse, dynamique et pleine d’opportunités.
Dès mon arrivée, j’ai été frappée par la beauté architecturale de Lyon. Les immeubles haussmanniens, les grandes places éclairées, la Presqu’île animée… tout me paraissait majestueux. Je pensais que c’était le début d’une belle aventure. Pourtant, très vite, j’ai déchanté.
Le premier choc : la froideur et l’individualisme
Dès les premières semaines, j’ai senti une distance sociale qui m’a perturbée. Dans le Nord, et encore plus en Belgique où je sortais souvent, les gens sont naturellement chaleureux, accueillants, généreux. À Lyon, j’ai découvert une mentalité où chacun reste dans son cercle, où l’on ne se mélange pas, où les rapports sont intéressés et calculés.
Un détail qui m’a frappée dès mon arrivée ? Les portions de nourriture ridiculement petites dans les restaurants et les snacks. Ça peut sembler anodin, mais dans le Nord, quand tu commandes un plat, on ne lésine pas sur les quantités. C’est une question de générosité et de partage. À Lyon, j’ai eu l’impression que tout était compté, mesuré, et ça m’a marquée, car c’était un reflet parfait de l’état d’esprit ambiant.
Une solitude pesante et une sociabilité de façade
Les premières années ont été supportables parce que j’étais étudiante et en couple. Mais dès que j’ai quitté mon cadre scolaire, vers 21-23 ans, la solitude est devenue écrasante. J’ai essayé de m’intégrer par différents moyens : salles de sport, club de boxe, événements… mais partout, j’ai retrouvé cette même froideur.
Dans les clubs de sport, les gens ne se parlaient pas. À la boxe, l’ambiance était carrément malsaine : soit des mecs refusaient de s’entraîner avec moi parce que j’étais une femme, soit ils profitaient du combat pour cogner bien plus fort que nécessaire.
J’ai aussi remarqué un phénomène étrange : à Lyon, les amitiés sont très souvent superficielles et temporaires. Dans le Nord, mes amis de fac sont restés mes amis après nos études. À Lyon, une fois que les cours étaient finis, 99 % des relations s’évaporaient. C’était comme si les liens d’amitié n’existaient que dans un cadre précis, sans réelle profondeur.
Lyon : une ville qui te broie si tu ne corresponds pas à son moule
Je pense qu’à Lyon, on attend de toi un certain conformisme social. Il faut être dans les bons cercles, avoir les bonnes fréquentations, ne pas trop déranger. Les Lyonnais ont leurs amis d’enfance et n’ont pas forcément envie d’accueillir de nouvelles personnes.
J’ai eu beaucoup de déceptions amicales. Des gens qui profitaient de moi quand j’avais un appartement et que je recevais, mais qui disparaissaient dès que je n’avais plus rien à leur offrir. Des “amis” qui oubliaient leur carte bancaire dès qu’on sortait manger, me laissant toujours payer.
Avec le temps, cette ambiance m’a changée. À force de vivre dans une ville où je ne me sentais pas à ma place, où l’individualisme régnait, j’ai moi-même commencé à devenir plus méfiante, plus froide. Je sentais que Lyon me transformait en une version de moi-même que je n’aimais pas.
Le racisme ordinaire et l’agressivité ambiante
En tant que personne d’origine maghrébine, j’ai aussi été confrontée à un racisme insidieux. Les gens ne me voyaient qu’à travers le prisme de mes origines. Peu de gens cherchaient à découvrir qui j’étais vraiment, au-delà de mon apparence.
Mais ce qui m’a le plus choquée, c’est la violence présente dans la ville. J’ai vécu des situations invraisemblables :
• Un homme en voiture qui tournait en boucle en centre-ville pour essayer d’embarquer des filles ivres. J’ai dû crier et m’interposer pour qu’il prenne peur et s’en aille.
• Des types qui te suivent dans la rue, qui te tirent par le bras, qui te proposent de l’argent pour des choses obscènes.
• Des bagarres, des mecs qui cassent des bouteilles en pleine rue sans raison, des halls d’immeubles utilisés comme toilettes publiques.
Avec les années, la ville s’est dégradée. Là où, à mes débuts, les places du centre-ville étaient animées et festives, elles sont aujourd’hui le théâtre de violences, d’incivilités et d’une tension permanente. Il y a 10 ans, tu pouvais sortir à Bellecour ou aux Terreaux sans souci. Aujourd’hui, il faut être vigilant à chaque instant.
Le monde du travail à Lyon : exploitation et faux espoirs
Professionnellement, Lyon a été une autre désillusion. J’ai travaillé dans des start-ups qui te promettent monts et merveilles mais qui, en réalité, t’exploitent et te jettent quand elles n’ont plus besoin de toi. C’est un piège pour les jeunes qui pensent qu’ils vont “faire carrière” alors qu’ils servent juste à faire tourner la machine à bas coût.
L’impact psychologique : une ville anxiogène qui laisse des traces
Lyon ne m’a pas seulement rendue malheureuse, elle m’a laissée avec des séquelles. J’y ai vécu une période de grande anxiété, au point de devoir prendre des médicaments et suivre une thérapie pour aller mieux. Cette ville est lourde, pesante, toxique. Même en étant partie, je ressens encore parfois le poids de cette ambiance qui m’a marquée pendant des années.
Le déclic : partir pour respirer à nouveau
Après mon dernier diplôme, j’ai compris que c’était fini. Neuf ans dans une ville sans jamais réussir à m’y sentir bien, ça en disait long. Lyon ne voulait pas de moi, et moi, je ne voulais plus d’elle.
J’ai tout quitté. Aujourd’hui, je vis ailleurs, dans un endroit où la nature est plus présente, où l’ambiance est plus saine. Et la différence est flagrante. Je me rends compte à quel point Lyon m’avait épuisée, enfermée, changée.
Je ne dirai pas que Lyon est une mauvaise ville pour tout le monde. Certains y trouveront leur bonheur. Mais si vous êtes une personne sociable, qui aime la chaleur humaine, qui a besoin d’un environnement bienveillant pour s’épanouir, alors réfléchissez bien avant de vous installer à Lyon. Parce que cette ville peut être magnifique en surface… mais terriblement toxique en profondeur.
Si vous avez le choix, si vous hésitez entre plusieurs villes, fuyez. Allez ailleurs, allez à l’international si vous le pouvez. Profitez d’un Erasmus, d’une opportunité d’études ou de travail à l’étranger. Mais ne vous enfermez pas à Lyon, sauf si vous n’avez vraiment pas d’autre option.
Parce que partir a été la meilleure décision de ma vie.