Rallumer sa rue la nuit, l'exemple de Loos-en-Gohelle fait école
Jérémie Wauquier 4 min de lecture
Loos-en-Gohelle montre la voie
Depuis 2023, l'éclairage public de Loos-en-Gohelle s'éteint entre minuit et 5 heures du matin. Cette coupure prolonge une démarche engagée de longue date par cette commune de 7 000 habitants voisine de Lens, connue pour ses terrils jumeaux et son engagement dans la transition énergétique. Le passage aux LED lui permet déjà d'économiser près de 70 000 euros par an.
Restait le cas des habitants qui rentrent tard ou partent tôt. Depuis juin, le centre-ville et le quartier Ouest testent le dispositif « J'allume ma rue ». On ouvre l'application, la géolocalisation vérifie que l'on se trouve dans la zone concernée, un appui sur l'icône en forme d'ampoule et les lampadaires du secteur se rallument pendant dix minutes, avant de s'éteindre d'eux-mêmes. Une simple page web fait aussi l'affaire pour ceux qui ne veulent pas installer d'application.
Retour de soirée, départ au travail avant l'aube, adolescent qui rentre à pied après une sortie, les usages sont très concrets. Les services techniques, les forces de l'ordre et les secours peuvent aussi s'en servir lors de leurs interventions. Le coût reste modeste. Chaque boîtier installé dans une armoire électrique revient à environ 500 euros, soit 1 500 euros pour la phase de test, et la généralisation à toute la ville coûterait moins de 20 000 euros selon la municipalité. La décision sera prise à l'issue de l'expérimentation.
Né dans l'Eure, adopté partout
L'idée vient de Pont-de-l'Arche, dans l'Eure. C'est un habitant de la commune, l'ingénieur Olivier Bozzetto, qui a conçu le système en 2016. Une page web ou une application suffit, aucun équipement n'est demandé aux habitants. Plus de 8 000 utilisateurs s'y étaient inscrits dès les premières années, et le maire de l'époque se félicitait que le service n'ait jamais été utilisé comme un gadget.
Le dispositif a depuis essaimé. Dans l'agglomération de Cergy-Pontoise, l'éclairage est coupé de 23 heures à 6 heures dans de nombreuses rues, et les 13 communes sont équipées en tout ou partie. Les rues considérées comme des centralités y restent éclairées toute la nuit. Plus d'un quart du parc d'éclairage public de l'agglomération est aujourd'hui compatible. En Isère, la Communauté d'agglomération Porte de l'Isère l'utilise depuis 2023 avec une variante : les lampadaires suivent l'itinéraire du piéton et s'éteignent au bout de quinze minutes. À Pomacle, petit village de la Marne, la mairie a même proposé des séances de prise en main aux habitants peu familiers du numérique.
Reste la question des données personnelles. Le créateur du service assure qu'aucune information permettant d'identifier l'utilisateur n'est conservée, la commune ne recevant que des statistiques d'usage pour juger de la pertinence du service. La Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), interrogée en octobre par la presse spécialisée, y voit un changement dans la philosophie du service public, puisque la commune confie une partie de la télécommande de son éclairage à ses habitants. Elle rappelle toutefois qu'un éclairage permanent abaissé peut rester préférable dans certains secteurs.
D'autres pistes pour éclairer la nuit
Le smartphone n'est pas la seule réponse. À Vif, au sud de Grenoble, une voie douce de 1,5 kilomètre est équipée de lampadaires à détection de présence. En veille, ils éclairent à 10 % de leur puissance, puis passent à pleine intensité au passage d'un piéton ou d'un cycliste. Les 67 luminaires du tronçon consomment ainsi très peu en dehors des passages, pour un confort identique.
À Préfailles, en Loire-Atlantique, la commune a choisi de comparer avant de trancher. Pendant un an, plusieurs quartiers ont chacun testé une méthode différente, du rallumage par smartphone aux détecteurs, en passant par la baisse d'intensité ou l'allumage d'un lampadaire sur deux. Les habitants ont nettement préféré la baisse d'intensité et la détection de présence, que la commune a ensuite développées.
Ailleurs en Europe, la logique est d'abord écologique. À Nieuwkoop, aux Pays-Bas, un quartier voisin d'une réserve naturelle a été équipé dès 2018 de LED rouges, que les chauves-souris perçoivent à peine mais qui suffisent à l'œil humain. Au Danemark, Gladsaxe, près de Copenhague, a fait le même choix à partir de 2021, avec quelque 5 000 lumières rouges installées à la place des lampadaires classiques. En France, le Cerema constate que 73 % des 22 773 communes analysées pratiquent une extinction totale ou partielle en cœur de nuit, tandis que 160 communes sont revenues à un éclairage nocturne. Environ 30 % des extinctions totales remontent à la crise énergétique de l'automne 2022. L'organisme observe surtout un zonage de l'éclairage public, avec des centres-villes qui restent éclairés et des quartiers résidentiels qui s'éteignent davantage. Le débat sur l'extinction nocturne et le sentiment de sécurité n'est pas clos, mais l'exemple de Loos-en-Gohelle montre qu'une solution intermédiaire, peu coûteuse et choisie par les habitants eux-mêmes, existe déjà.