Société La Madeleine

Crottes de chien, ces villes qui sortent l'arme de l'ADN

Jérémie Wauquier 4 min de lecture

Dans quelques villes, la promenade du chien se fera bientôt avec une carte génétique en poche.
La Madeleine, dans la métropole lilloise, vient de devenir la première commune du Nord à adopter le passeport ADN canin. D'ici l'été 2027, une crotte abandonnée sur le trottoir pourra y suffire à retrouver le chien, puis son maître. Avant elle, Saint-Omer et Béziers ont déjà franchi le pas, avec des résultats qui font réfléchir d'autres mairies. Voici comment fonctionne ce fichage génétique, ce qu'il a changé là où il est appliqué et ce qu'il implique pour les propriétaires de chiens.

Un passeport pour chaque chien

Le principe tient en deux étapes. D'abord, chaque chien de la commune passe chez un vétérinaire partenaire, qui prélève un peu de salive avec un écouvillon. Le profil génétique obtenu est enregistré dans une base de données, avec les coordonnées du maître, et l'animal reçoit une petite carte d'identité. Ensuite, sur le terrain, les agents ramassent les déjections abandonnées dans les zones contrôlées et les envoient au laboratoire. Si l'ADN correspond à un chien fiché, l'amende part chez son propriétaire.

À La Madeleine, le calendrier est désormais fixé. Une campagne d'information démarre en novembre 2026, puis les cartes canines seront délivrées entre janvier et mars 2027, la mairie prenant en charge le coût des consultations vétérinaires. L'arrêté municipal suivra au printemps, et les premiers contrôles sont attendus à l'été ou à la rentrée 2027, d'abord dans les rues les plus commerçantes et les plus passantes. Des panneaux signaleront l'entrée dans chaque zone surveillée. Au bout du compte, un maître identifié pourra recevoir une amende allant jusqu'à 235 euros, dont 100 euros de frais de nettoyage.

Le fichage s'ajoute aux mesures déjà en place. La ville a installé 63 distributeurs de sacs, et sortir son chien sans sac sur soi est déjà passible de 150 euros d'amende lors des contrôles de la police municipale. Des panneaux au ton direct rappellent d'ailleurs le prix d'un oubli aux promeneurs. Le passeport génétique doit surtout permettre de verbaliser ceux qui échappent aujourd'hui aux contrôles en flagrant délit.

Saint-Omer, la ville témoin

Si La Madeleine se lance, c'est qu'elle a regardé de près ce qui se passe à une soixantaine de kilomètres de là. À Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, le fichage ADN des chiens est en vigueur depuis juin 2025. Six mois plus tard, la mairie mesurait 60 % de déjections en moins dans la zone commerçante du centre-ville, premier périmètre concerné. Le dispositif coûte 42 000 euros sur deux ans, soit 2 % du budget propreté de la commune, et les kits de prélèvement sont gratuits pour les habitants. Fort de ce bilan, le maire, François Decoster, a étendu le périmètre en août 2026 à l'ensemble de la ville, à l'exception du marais.

Sur place, les habitants constatent la différence, même si la propreté des rues reste un chantier, entre mégots et dépôts sauvages. Les maîtres eux-mêmes y trouvent leur compte. Jusque-là, beaucoup subissaient des regards accusateurs pendant la promenade, sac à la main ou pas. Une habitante raconte qu'autour de la cathédrale, elle signalait une cinquantaine de crottes en décembre, contre une dizaine quelques mois plus tard.

Dans le sud, Béziers fait figure de pionnière. La ville de l'Hérault a lancé son passeport génétique à la rentrée 2023, avec 18 cliniques vétérinaires partenaires et des kits fournis par la mairie, pour tout chien fréquentant le centre-ville. Le dispositif s'étend désormais au-delà du cœur historique, et les propriétaires concernés ont jusqu'au 15 novembre 2026 pour se mettre en règle. Dans la Loire, Roanne étudie à son tour le traçage ADN depuis octobre 2026, sans calendrier ni coût annoncés à ce stade.

Ce que ça change pour les maîtres

Le prélèvement salivaire, réalisé une seule fois chez le vétérinaire, permet d'enregistrer le profil génétique du chien.
Le prélèvement salivaire, réalisé une seule fois chez le vétérinaire, permet d'enregistrer le profil génétique du chien.

Pour un propriétaire, la démarche reste légère. Le prélèvement se fait une seule fois pour toute la vie de l'animal, et il peut être réalisé lors d'une visite de routine, pour un vaccin par exemple. Selon les villes, le kit est gratuit, la consultation prise en charge ou laissée au maître. À Béziers, la mairie fournit le matériel mais la consultation reste payante. La carte doit ensuite rester dans la poche pendant les balades. À Béziers, ne pas pouvoir la présenter lors d'un contrôle dans le périmètre coûte 38 euros. Les touristes de passage y sont dispensés, ce qui montre l'une des limites du système, puisqu'un chien qui n'est pas fiché ne peut pas être retrouvé.

L'Espagne a plusieurs années d'avance. Málaga a commencé à constituer sa banque d'ADN canin dès 2018, et 87 communes espagnoles avaient adopté ou préparaient un dispositif comparable au printemps 2026, la plupart dans les provinces de Valence et de Barcelone. Les amendes y vont généralement de 60 à 600 euros. Les vétérinaires espagnols restent pourtant prudents. Leur conseil national doute de la rentabilité de la mesure, rappelle qu'une partie des échantillons, abîmés ou contaminés, ne peut pas être analysée, et souligne qu'un fichier ne couvre jamais les chiens de passage ni les animaux non déclarés.

Reste une évidence. Le fichage ne fonctionne que s'il accompagne d'autres efforts, des distributeurs de sacs en nombre suffisant au nettoyage régulier des trottoirs. Il fonctionne aussi mieux lorsque les chiens trouvent leur place en ville. Les communes qui multiplient les espaces dédiés, comme le montrent les villes qui font une place aux animaux, misent sur une approche plus positive, où les maîtres disposent d'endroits pour laisser leur compagnon se dépenser. Entre la carotte et le bâton, Saint-Omer a montré qu'un peu des deux peut suffire à changer les habitudes, et La Madeleine espère bien en faire autant.

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