Les villes face à la crise énergétique
Plusieurs semaines déjà qu'on nous en parle. La hausse du prix de l'énergie a des répercussions sur le budget des ménages autant que sur celui des communes. Face à cette situation, des remises en question s'imposent et des mesures concrètes doivent être prises. Comment réagissent les villes françaises ? A la veille de l'hiver, l'augmentation du coût de l'énergie est au cœur de toutes les conversations. L'augmentation budgétaire liée à cette hausse est en effet significative pour les particuliers, mais aussi pour les villes. Et entraîne forcément des discussions animées pour trouver les solutions les plus pertinentes afin de maîtriser au mieux la facture. À Paris par exemple, « ville des lumières », le budget alloué au gaz et à l'électricité atteint 54 millions1 d'euros par an, auxquels viennent s'ajouter les quelques 35 millions d'euros environ estimés par la municipalité pour parer à l'augmentation énergétique. Ce qui n'a évidemment rien de négligeable. Aussi, afin de préserver le budget des parisiens et éviter de les mettre trop à contribution, la maire de la capitale, Anne Hidalgo, a pris les choses en main pour tenter de réduire les répercussions financières de cette situation. Depuis l'automne, l'éclairage des façades des bâtiments parisiens prend fin à 22 heures. Quant à l'indétrônable et emblématique symbole de la ville, la tour Eiffel, c'est à 23h45 que ses lumières s'éteignent désormais (contre 1h du matin jusque-là).

La « ville des lumières » brillera moins longtemps

La « ville des lumières » brillera moins longtemps

Dans ce contexte singulier, la capitale se doit en effet de montrer l'exemple en mettant en œuvre des mesures visant à réduire la consommation énergétique, cela dans le but d'encourager l'ensemble des villes françaises à développer de nouvelles pratiques énergétiques. Et les mesures destinées à réduire de 10% la consommation d'énergie se multiplient un peu partout. La température des bâtiments publics parisiens, comme de nombreux bâtiments français, est ainsi diminuée d'un degré. L'eau des piscines est également revue à la baisse dans les bassins parisiens et la plupart des bassins de l'hexagone.

 

Au-delà de ces mesures immédiates dont le résultat pourrait être visible rapidement, l'éclairage public de Paris sera également l'objet de toute les attentions et devrait, à plus ou moins court terme, être remplacé par un éclairage plus économe en énergie, cela pour un investissement dont le montant est estimé à 286 millions d'euros.

 

Les initiatives se poursuivent en s'écartant un peu de Paris. A quelques kilomètres de là dans les Hauts-de-Seine, Meudon a fait le choix de la géothermie pour l'un de ses réseaux de chaleur, le quartier de Meudon-la-Forêt, qu'elle s'apprête donc à modifier pour en faire profiter environ 15 000 habitants, soit un tiers de la population municipale. La ville espère ainsi voir rapidement les résultats de ce projet sur la facture énergétique, sans compter que cet investissement permettra de réduire  l'émission de CO² de près de 18 000 tonnes par an. Le recours aux énergies renouvelables est en effet une solution de plus en plus prisée par les élus en raison de leur performance énergétique, de leur impact sur le budget énergie ainsi qu'en faveur de l'environnement. Dans le sous-sol, la température de l'eau est située entre 50 et 95 degrés. En transformant cette énergie en chauffage et en eau chaude, le principe de la géothermie constitue en effet une piste à creuser pour offrir aux communes confort thermique, autonomie partielle ainsi que budget et impact environnemental maîtrisés.

 

Toujours en région parisienne, en Seine-Saint-Denis cette fois, Sevran et Villepinte ont récemment choisi quant à elles de mutualiser leurs réseaux de chaleur. L'objectif visé ? Optimiser leur performance énergétique, c'st-à-dire accroître leurs capacités de production tout en diminuant leur dépense. L'accord signé en novembre entre les deux municipalités permet ainsi de combiner le dispositif de géothermie de Villepinte et la chaufferie biomasse de Sevran.

Des initiatives dans tout l'hexagone

Des initiatives dans tout l'hexagone

Les autres métropoles françaises n'ont pas attendu pour agir afin de réduire leur facture énergétique. Les grandes villes multiplient les initiatives pour limiter la facture énergétique. À Paris comme en Province, l'éclairage public est sur le devant de la scène. Dans le nord, Lille a ainsi supprimé l'éclairage des bâtiments publics la nuit, à l'exception de la Grand'Place et la place de l'Opéra. Une économie estimée à 170.000 kWh par an. Dans le sud, Marseille a opté pour  la fin de l'éclairage de ses 140 monuments à 23h30 (22h30 en hiver), exception faite là aussi de l'un des emblèmes de la ville, Notre-Dame-de-la-Garde.

 

Nice a élaboré un plan de "sobriété et sécurité énergétique", lequel prévoit notamment la fermeture de 6.000 m2 de surfaces de bureaux administratifs par an à compter de cette année, avec l'ambition d'atteindre 18.000 m2 en 2024. Le plan vise également à développer le télétravail et à augmenter la flotte de véhicules électriques pour la porter à 90% en 2026 (60% à l'heure actuelle).

 

Dans le sud-ouest, plus que les bâtiments publics, Bordeaux a la volonté d'éteindre 55% de ses points lumineux de 1h à 5h du matin dès janvier prochain. Plus globalement, l'ambition de la municipalité girondine est de développer les énergies renouvelables, et passer ainsi de 7 à 41% d'ici 2026.

Dans le nord-ouest en Bretagne, Saint-Brieuc expérimente l’éclairage à la demande depuis octobre dernier. Les habitants du quartier concerné utilisent à ce titre leurs téléphones portables pour allumer les lumières dans les rues.

Et Noël alors ?

Et Noël alors ?

Noël sans lumières serait-il vraiment Noël ? C'est en tout cas la question que se sont posées les villes françaises cette année. Comment préserver la féérie lumineuse de Noël tout en préservant le porte-monnaie de la municipalité ? Là encore les initiatives ont éclos aux quatre coins du pays, avec le choix pour plusieurs villes, parmi lesquelles Clermont-Ferrand et Bordeaux, de réduire la durée d'allumage des décorations. D'autres communes ont préféré diminuer la durée du marché de Noël, comme c'est le cas à Besançon. À Strasbourg, « capitale française de Noël », l'équation entre exemplarité et économie est un délicat équilibre à trouver. C'est finalement la réduction du nombre de décorations qui a été validée, ajoutée à l'interdiction du chauffage en extérieur, comme prévue par la récente loi.
 

La particularité des décorations de Noël est leur visibilité. Pour autant, le budget lié à leur utilisation demeure relativement modique en comparaison du budget énergie annuel des communes. L'installation et l'entretien impactent en revanche lourdement le budget Noël des villes françaises. Raison pour laquelle Boussy-Saint-Antoine, petite ville de région parisienne, a fait le choix de se passer d'illuminations cette année. En cause, les 70 000 euros que représentent leur installation et leur retrait. La municipalité a fait le choix d'affecter cette somme pour chauffer les  établissements publics en justifiant cette décision « crève-coeur » par le fait de s'offrir « au minimum trois-quatre semaines de gaz pour les écoles, le gymnase et les bâtiments. »

 

 

Le recours aux énergies renouvelables, la mutualisation des équipements, la diminution de l'éclairage public ou encore la baisse de la température dans les bâtiments publics sont autant de solutions mises en place par les villes françaises pour faire face à cette crise énergétique. Ces mesures suffiront-elles ? Ou est-ce qu'une réflexion et une remise en question en profondeur s'impose aujourd'hui concernant notre rapport à la consommation d'énergie ?

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