Drones policiers qui verbalisent, la France suivra-t-elle Pékin ?

Jérémie Wauquier 4 min de lecture

À Pékin, des drones de police repèrent les infractions routières et interpellent les conducteurs par haut-parleur, comme le montre un reportage du 13H de TF1 diffusé le 16 octobre 2026. La scène paraît lointaine. Pourtant, la France compte déjà plus de 1 600 drones dans ses forces de l'ordre. Ce qu'ils ont le droit de faire, ce que la loi prépare et ce qui sépare encore les deux pays.

Des amendes tombées du ciel

Le principe a de quoi surprendre. Rangés dans des boîtiers discrets, les drones décollent et sont pilotés à distance vers les secteurs les plus embouteillés, surtout aux heures de pointe. Scooter sans casque, voiture mal garée, feu rouge grillé, leurs caméras relèvent les plaques et les agents verbalisent depuis une salle de contrôle. Certains automobilistes ne découvrent l'infraction qu'en recevant l'amende.

La voix qui tombe du ciel n'a rien de magique. Un policier parle dans un talkie-walkie et le haut-parleur fixé sous l'appareil la diffuse en direct, à moins qu'un message enregistré ne tourne en boucle. Après un accrochage sur une voie rapide, le drone peut ainsi photographier la scène et ordonner aux conducteurs de remonter en voiture pour éviter le bouchon. Selon la police routière chinoise, il faut 3 minutes pour envoyer l'appareil et 5 minutes pour traiter l'incident, contre 20 minutes avec une patrouille. Le dispositif est déjà déployé dans plus de 30 villes du pays.

Le contraste avec le sort réservé aux habitants est saisissant. Depuis le 1er mai 2026, la vente de drones est interdite dans la capitale chinoise, dont tout le territoire est classé en espace aérien contrôlé. À partir du 15 novembre 2026, leur simple possession sera proscrite, sous peine de confiscation et d'amende. Ces dernières semaines, des Pékinois ont fait la queue dans les points de rachat officiels, où un drone rapporte une prime de 200 yuans, soit environ 26 euros. Les autorités invoquent la sécurité, un sujet ravivé en juin par le crash d'un petit avion de tourisme contre le plus haut gratte-ciel de la ville. Résultat, le ciel de Pékin devient un espace réservé aux forces de l'ordre.

Une flotte déjà bien installée

En France, les drones policiers ne relèvent plus de la science-fiction. Légalisés en 2022 pour les missions de police administrative, ils ne volent réellement à ce titre que depuis le décret du 19 avril 2023. La flotte atteint aujourd'hui 965 drones pour la gendarmerie et 650 pour la police nationale, soit 1 615 appareils, et chaque préfecture en compterait entre 10 et 20. Au début de la décennie, la gendarmerie en alignait moins de 300 et la police nationale environ 250. Le parc a donc plus que triplé en quelques années, sans que la plupart des habitants s'en rendent compte, ces appareils volant souvent haut et discrètement.

Leur usage reste encadré. L'autorité qui demande un survol doit préciser la zone, la durée et l'objectif poursuivi, lequel ne doit pas pouvoir être atteint par un moyen moins intrusif pour la vie privée. Dans les faits, ces drones servent surtout à surveiller des manifestations et à lutter contre le trafic de stupéfiants.

La loi dite RIPOST, validée presque entièrement cet été par le Conseil constitutionnel, assouplit encore la procédure. Lorsque la police estime qu'il y a urgence, le formalisme préalable disparaît, ce que contestent les associations de défense des libertés publiques, qui y voient un obstacle de plus à la contestation des autorisations de vol.

Et sur la route ?

C'est là que la comparaison avec Pékin devient intéressante. La France surveille déjà les automobilistes depuis les airs, avec des moyens plus classiques. Depuis le 24 août 2026, la gendarmerie de Saône-et-Loire s'appuie sur des avions de tourisme pour repérer le non-respect des distances de sécurité, et un conducteur a déjà écopé d'une amende de 135 euros après avoir été repéré de cette façon. Si le bilan se révèle positif, la méthode pourrait gagner d'autres départements. Des drones ont aussi été testés sur la route ces dernières années, notamment en Essonne, où les gendarmes auraient verbalisé une trentaine de motards en deux heures grâce à ce type de dispositif.

En ville, c'est la vidéoverbalisation qui progresse. Les caméras installées sur la voie publique servent de plus en plus à relever des infractions au Code de la route, et la Seine-Saint-Denis, les Bouches-du-Rhône et le Nord figurent parmi les départements les mieux équipés. Pour les automobilistes, la question touche autant au porte-monnaie qu'à la vie privée. Un procès-verbal issu d'images reste toutefois contestable, comme n'importe quelle contravention, à condition de vérifier l'identification du véhicule et la régularité du dispositif.

Reste une différence de taille. La France n'a pas franchi le pas de la verbalisation à grande échelle par drone, et les polices municipales, pourtant en première ligne sur la circulation urbaine, n'ont toujours pas le droit de faire voler un drone. Le projet de loi sur les polices municipales prévoit bien une expérimentation de cinq ans, étendue aux gardes champêtres. Adopté par le Sénat le 10 février 2026 par 290 voix contre 24, le texte attend toujours son examen à l'Assemblée nationale. Les garde-fous restent sérieux, car la CNIL juge trop larges les finalités envisagées et la Commission nationale consultative des droits de l'homme recommande de supprimer purement et simplement cet article. Un scénario à la pékinoise n'est donc pas pour demain, même si le ciel français se peuple, année après année, de nouveaux yeux électroniques.

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