Chômage à 1,3 %, les stations de ski où presque tout le monde travaille
Jérémie Wauquier 4 min de lecture
Les Alpes en tête
Parmi les communes françaises de plus de 1 000 habitants, le classement du taux de chômage par ville place Val-Cenis en tête avec 1,3 % de chômeurs parmi les actifs, quand la moyenne nationale atteint 11 % dans le même recensement. Cette commune de 2 112 habitants, en Haute-Maurienne, réunit depuis 2017 les villages de Lanslebourg, Lanslevillard, Termignon, Sollières-Sardières et Bramans, au pied du domaine skiable de Val Cenis Vanoise.
Derrière, le haut du tableau reste en altitude. Le Grand-Bornand en Haute-Savoie, Val-d'Isère en Savoie et Huez, la commune de l'Alpe d'Huez en Isère, affichent chacune 1,5 %. Les Belleville, qui englobent Val Thorens et Les Menuires, et Saint-Jean-d'Aulps, dans la vallée d'Aulps, suivent à 1,7 %, juste devant Valloire à 1,8 %. Sept des dix premières communes sont donc des stations de ski, dont quatre en Savoie.
Les trois autres ne doivent rien à la neige. Boulay-les-Barres, dans le Loiret, voisine de la base aérienne d'Orléans-Bricy, est à 1,7 %. Saint-Senier-sous-Avranches, dans la Manche, et Saint-Georges, près de Saint-Flour dans le Cantal, complètent le top 10 avec 2,1 % et 2,2 %.
Un chiffre à bien lire
Ces taux ne se comparent pas directement avec les 8,3 % annoncés par l'INSEE. Le chiffre national est calculé chaque trimestre selon la définition du Bureau international du travail, qui retient les personnes sans emploi, disponibles rapidement et qui cherchent activement un poste. Celui des communes vient du recensement de la population, où chaque habitant de 15 à 64 ans déclare lui-même sa situation. Les deux méthodes ne mesurent pas exactement la même chose, ce qui explique qu'un même pays affiche 8,3 % d'un côté et 11 % de l'autre. Les chiffres du chômage localisé publiés par l'INSEE détaillent la méthode trimestrielle.
Le calendrier du recensement joue aussi en faveur des stations. La collecte a lieu chaque année de la mi-janvier à la fin février, en pleine saison de ski. À ce moment-là, moniteurs, perchistes, serveurs et loueurs de matériel ont un contrat en cours et se déclarent en emploi. Une enquête menée en mai donnerait sans doute une image différente.
Autre signe d'une économie tournée vers le travail, la part d'actifs dans la population. En France, 46,8 % des habitants sont actifs, c'est-à-dire qu'ils occupent un emploi ou en cherchent un. Le classement des villes selon leur part d'actifs fait remonter Métabief, station du Haut-Doubs, avec 68,6 %, puis Châtel à 65,9 % et Tignes à 65,4 %. L'arrivée de saisonniers, souvent jeunes et seuls, explique en partie ces niveaux. Val-Cenis, plus familiale, se situe à 51 %, comme le montre la fiche population de Val-Cenis. Ce dynamisme reste saisonnier, et les communes qui gagnent durablement des habitants sont plutôt les grandes villes, comme Toulouse, en tête des villes qui gagnent le plus d'habitants en 2026.
Travailler en station cet hiver
Les pistes ouvrent en décembre, mais les embauches se décident maintenant. Les recrutements de la saison d'hiver se jouent entre septembre et novembre, pour des contrats qui durent en général quatre mois, avec deux pics d'activité à Noël et pendant les vacances de février. Prochain grand rendez-vous en Savoie, un job dating organisé par France Travail le 10 novembre 2026 à la Halle olympique d'Albertville, pendant le Salon alpin de l'hôtellerie et des métiers de bouche.
Les métiers de la neige représentent près de la moitié des postes. Les domaines skiables cherchent des perchistes, des conducteurs de remontées mécaniques, des pisteurs secouristes, des moniteurs, et des skimen pour préparer et régler le matériel dans les magasins de location. Une bonne partie de ces emplois revient à des habitants expérimentés qui refont la saison chaque année. Selon le réseau Info Jeunes, environ 80 % des postes sur les pistes et les remontées sont tenus par du personnel local. Les nouveaux venus trouvent plus facilement leur place dans l'hôtellerie, la restauration, le commerce ou l'animation.
Côté salaire, le minimum reste le SMIC, soit 1 867 euros brut par mois pour 35 heures depuis le 1er juin 2026, et certains postes d'hiver paient davantage. Le contrat saisonnier ne donne pas droit à la prime de fin de contrat de 10 % versée à la fin d'un CDD classique, sauf si un accord de branche la prévoit. Beaucoup d'employeurs de l'hôtellerie proposent le gîte et le couvert, un vrai atout dans des stations où les logements sont d'abord réservés aux vacanciers. Pour les autres postes, il faut s'y prendre tôt, et France Travail recense des solutions de logement pour les saisonniers en Auvergne-Rhône-Alpes.