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Le faubourg Saint-Antoine et ses artisans du meuble : histoire et présent d'un quartier d'ateliers

4 min de lecture

La cour du Bel-Air, dans le faubourg Saint-Antoine (Tangopaso, Wikimedia Commons, domaine public).
Selon l'historien Alain Thillay, le faubourg Saint-Antoine, à l'est de la Bastille, devient en 1657 un lieu de travail privilégié : un privilège royal y soustrait les artisans aux visites des jurés parisiens et à l'obligation de maîtrise. La Région Île-de-France qualifie le faubourg de « quartier des artisans du meuble ». Dans le 11e, la cour de l'Industrie, d'abord occupée par des artisans du bois, réunissait 55 artistes et artisans en 2025, selon la Ville de Paris.

Quelle est l'histoire du faubourg Saint-Antoine, quartier du meuble ?

En 1657, selon Alain Thillay, un privilège royal soustrait les artisans du faubourg aux visites des jurés et à l'obligation de maîtrise. Les jurés contrôlaient le travail au nom de la corporation ; la maîtrise était ce titre de maître sans lequel on ne pouvait pas ouvrir d'atelier. Ce privilège, ajoute l'historien, rend possible une activité artisanale hors du système des jurandes, autrement dit des corporations parisiennes.

La Wallace Collection, musée londonien, décrit le fonctionnement de la corporation des ébénistes de Paris : le compagnon devenait maître en présentant un chef-d'œuvre. Il gagnait alors le droit de tenir un atelier et d'estampiller ses meubles, c'est-à-dire d'y frapper son nom. Quant au poinçon de cette corporation, une notice du musée des beaux-arts de Dijon (plateforme POP du ministère de la Culture) le décrit comme un moyen de contrôle fiscal de la production.

L'Inventaire général du patrimoine culturel relève de vastes ateliers bâtis entre 1852 et 1883 dans l'îlot de la cour du Bel-Air, passage du Chantier et rue de Charenton. Une enquête menée en 1891 rapporte que des ébénistes « libres » s'étaient établis au faubourg pour échapper aux règlements de la corporation.

Quels métiers interviennent sur un fauteuil ou un meuble ancien ?

Sur un fauteuil ancien, le travail d'un tapissier d'ameublement à Paris, comme ailleurs, commence là où s'arrête celui du menuisier en sièges, qui en a fabriqué la carcasse à partir du bois brut. D'après les fiches métiers de l'Institut pour les savoir-faire français (ex-INMA) :

  • le menuisier en sièges fabrique cette carcasse, l'ossature de bois des chaises, fauteuils et canapés ;
  • le tapissier d'ameublement réalise la garniture des sièges anciens ou contemporains, c'est-à-dire leur rembourrage sous le tissu, et façonne les étoffes des décors intérieurs ;
  • l'ébéniste conçoit et réalise des meubles d'agencement, de style ou de création, à l'unité ou en petite série ;
  • le doreur applique la dorure sur un bois d'abord nettoyé et préparé.

Tous quatre sont recensés comme métiers d'art par l'Institut, qui organise aussi les Journées européennes des métiers d'art. Au Mobilier national, les garnitures des sièges anciens sont restaurées suivant des techniques traditionnelles, au crin de cheval.

Que reste-t-il des ateliers du faubourg aujourd'hui ?

La cour de l'Industrie, dans le 11e, se compose de trois cours bâties dans les années 1850 et d'abord occupées par des artisans du bois, indique la Ville de Paris. Elles se dégradent après les années 1970, avec une hausse de l'immobilier que la municipalité relie à l'Opéra Bastille.

D'après la même source, les façades extérieures sont protégées en 1991. La municipalité achète les lieux et en confie la gestion en 2008, pour quarante ans, à une société d'économie mixte de la Ville.

Le Viaduc des Arts, lui, est un ancien viaduc ferroviaire de la ligne de la Bastille, inaugurée en 1859 et désaffectée en 1969. Son site officiel raconte sa transformation en ateliers d'art.

Comment voir des ateliers et trouver un artisan d'art en Île-de-France ?

Pour voir des artisans au travail, il y a les Journées européennes des métiers d'art : gratuites, elles ouvrent au public des ateliers et des lieux de formation. Lors de l'édition 2025, la cour de l'Industrie avait ouvert ses ateliers les 5 et 6 avril, note la Ville de Paris. Le site officiel des Journées annonce l'édition 2027 du 30 mars au 4 avril.

Pour trouver un artisan, on peut s'appuyer sur trois repères :

  • l'annuaire de l'Institut, filtrable par région, par matériau, par type de structure et par distinction (Maître d'art, Meilleur Ouvrier de France) ;
  • le label d'État Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV), créé en 2005 et attribué pour cinq ans : environ 1 300 entreprises en sont titulaires en France, tous secteurs confondus, d'après la page du ministère de l'Économie mise à jour en avril 2026 ;
  • le répertoire d'Ateliers d'Art de France, syndicat professionnel des métiers d'art.

Le label EPV distingue des savoir-faire rares et d'exception ; le répertoire d'Ateliers d'Art de France recense les ateliers adhérents du syndicat.

Devant un siège ou un meuble ancien, il est utile de demander quel métier intervient sur quelle partie : la carcasse, la garniture ou la finition.

Texte proposé par Tissu Ébène, maison de tapissier d'ameublement et d'ébéniste fondée en 1972, qui intervient à Paris et en Île-de-France.

Article sponsorisé · publié le

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