Société

Journée citoyenne, quand les habitants retroussent leurs manches

Jérémie Wauquier 4 min de lecture

À Tassillé, dans la Sarthe, les habitants viennent de consacrer une journée entière à leur village dans la bonne humeur. Ce rendez-vous porte un nom, la journée citoyenne, et il essaime dans des milliers de communes françaises depuis sa création en Alsace en 2008. D'où vient cette idée, ce que l'on y fait concrètement, combien elle coûte et comment la lancer chez soi, voici l'essentiel à savoir.

Une idée née en Alsace

Tout part de Berrwiller, un village du Haut-Rhin d'environ 1 300 habitants. Pendant l'hiver 2006, de fortes chutes de neige y provoquent un élan de solidarité entre voisins. Fabian Jordan, élu maire deux ans plus tard, veut retrouver cet esprit et lance en 2008 la première journée citoyenne. Le principe tient en une phrase. Un jour par an, les habitants volontaires réalisent ensemble de petits chantiers pour améliorer leur commune, puis partagent un repas.

La première édition réunit une centaine de participants. En 2025, pour la 17e édition, ils étaient 430 à Berrwiller, soit environ un habitant sur trois. Pour son fondateur, la journée citoyenne n'est pas une simple corvée collective mais « un état d'esprit », selon ses mots rapportés par le site d'information des maires Maire-info. Dans le Haut-Rhin, 80 % des communes organisaient déjà leur propre journée au début des années 2020.

Le mouvement a depuis gagné toute la France. Selon le dossier de presse de l'édition 2025, soutenu par l'Association des maires de France, plus de 500 000 personnes ont participé en 2024 dans près de 4 000 communes. Des partenaires nationaux comme La Banque Postale, la Mutualité sociale agricole, EDF et Transdev accompagnent le mouvement. Une date nationale sert de repère, le samedi 30 mai en 2026, mais chaque commune reste libre de choisir son jour.

Peinture, plantations et grand repas

Les chantiers se ressemblent d'un village à l'autre, et c'est leur force. On repeint une salle, un portail ou des bancs, on plante des haies, on nettoie un chemin, on rafraîchit l'aire de jeux. À Souligné-sous-Ballon, autre commune de la Sarthe, 75 habitants âgés de 7 à 87 ans ont rénové en mai 2025 la scène de la salle des fêtes, réparé les vélos de l'école, remis en état le terrain de pétanque et repeint les marquages au sol. D'autres ont organisé une randonnée de ramassage des déchets, et un atelier cuisine a préparé le repas des bénévoles.

Certaines communes vont plus loin. À La Guierche, toujours dans la Sarthe, les volontaires ont posé des drains et rebouché des nids-de-poule avec une mini-pelle. En ville aussi, la formule fonctionne. Angers a fêté en 2025 sa dixième édition, répartie dans cinq quartiers. En Bretagne, Lanvéoc, dans le Finistère, et Fougères, en Ille-et-Vilaine, ont également participé à l'édition de mai 2025.

Le coût reste modeste. Les communes interrogées par la Banque des Territoires évoquent entre 3 500 et 8 000 euros par édition, une somme parfois complétée par des dons d'entreprises locales. À Auger-Saint-Vincent, dans l'Oise, le maire a estimé à 285 000 euros la valeur des travaux réalisés par les habitants sur un mandat, pour une commune de 580 âmes.

Comment lancer la sienne

Des bénévoles plantent un arbuste lors d'une journée de chantiers collectifs.
Des bénévoles plantent un arbuste lors d'une journée de chantiers collectifs.

Tout commence en mairie. Un habitant peut proposer l'idée au conseil municipal, mais c'est la commune qui organise et porte la journée. L'adhésion au réseau national, sur le site officiel de la Journée citoyenne, est gratuite. Elle est obligatoire pour utiliser le nom et donne accès à un kit de communication, à des idées d'ateliers et à un planning type.

Le guide pratique diffusé par Mulhouse Alsace Agglomération conseille de s'y prendre plusieurs mois à l'avance. Il faut d'abord recueillir les idées des habitants et des associations, choisir des chantiers dans chaque quartier, puis informer la population environ deux mois avant la date, avec un bulletin d'inscription. Viennent ensuite le choix des chefs d'atelier, l'achat du matériel et une réunion publique. Côté sécurité, la mairie doit étendre ponctuellement son assurance responsabilité civile aux participants. Pour une première édition, mieux vaut éviter le gros œuvre et la voirie, et commencer par quelques chantiers simples avant de monter en puissance. Une journée type démarre vers 8 heures avec l'accueil et la remise des gilets, s'interrompt à midi pour le repas partagé et se termine vers 18 heures par le rangement. Le guide recommande aussi de commander des bennes pour les déchets et de photographier les lieux avant et après les travaux, pour montrer le résultat aux habitants.

Pour les nouveaux arrivants, c'est l'une des meilleures façons de rencontrer ses voisins et de comprendre le fonctionnement de sa commune. Familles, retraités et étudiants s'y retrouvent, et les enfants ont souvent leurs propres ateliers. Ce lien avec son lieu de vie pèse souvent autant que la distance au bureau, une question abordée dans l'article habiter près de son travail suffit-il à mieux vivre. Les chantiers touchent souvent l'espace public, un sujet détaillé dans l'article sur le choix du mobilier urbain. Après la journée, les habitants peuvent aussi donner leur avis sur leur commune dans le classement des villes de Bien dans ma ville, qui repose sur leurs notes.

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