Fait-il bon vivre à Cabannes dans le département des Bouches-du-Rhône en région Provence-Alpes-Côte d'Azur ? Cette ville offre-t-elle le cadre de vie idéal ? Découvrez ce qu’en pensent ses habitants et les visiteurs à travers les avis et témoignages.
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**Cabannes (13440) — petit guide de survie à l'usage du nouvel arrivant**
On vous vend un village de carte postale, une de ces cartes qu'on regarde avec attendrissement avant de découvrir, une fois le déménagement fait et les cartons vidés, que le photographe avait pris soin de shooter aux seules heures où personne ne traîne dehors. Avant que vous ne signiez quoi que ce soit, laissez-moi donc vous rendre le service que nul n'a eu la délicatesse de me rendre, et vous présenter la commune telle qu'elle vit, et non telle qu'elle se photographie.
Commençons par le commerce local, car il se porte admirablement. Ici, on deale en pleine rue, à toute heure, au vu et au su de tous, avec cette décontraction souveraine des gens que rien n'inquiète. Les livraisons se font en voiture, comme il se doit à la campagne : on se gare, une vitre se baisse, une main se tend, une autre répond, et l'on repart, du naturel exact qu'on mettrait à récupérer son pain. Ni horaires, ni jour de fermeture, ni ce petit rideau de fer qui contrarie tant les honnêtes boutiquiers : c'est, de très loin, la seule enseigne de la commune qui ne connaisse ni dimanche ni jour férié, et l'on serait bien en peine d'en citer une plus prospère. Quant aux caméras plantées ici et là, rassurez-vous, elles fonctionnent, elles filment, elles bourdonnent consciencieusement ; simplement, elles n'ont, à ce jour, jamais reconnu personne. On les a installées pour tranquilliser les honnêtes gens, et ce sont bien les seuls, au fond, qu'elles surveillent vraiment.
J'en viens à une scène que l'on peine à croire avoir vue de ses propres yeux, et que je vous livre pourtant sans y retrancher une virgule. Sur le parking de l'école, en pleine heure de classe, quand les cartables sont encore accrochés aux portemanteaux, une voiture s'arrête, une vitre descend, un échange se fait, la voiture s'éloigne : une livraison, à quelques mètres des salles de cours, dans l'indifférence générale. Et le détail qui achève le tableau, celui qu'aucun scénariste n'oserait écrire de peur qu'on le lui reproche comme invraisemblable : à l'autre extrémité du même parking, au même instant, notre police municipale faisait traverser les écoliers, gilet fluo et geste sûr. Deux mains publiques à l'ouvrage sur le même bitume, dos à dos, chacune admirablement aveugle à l'autre, l'une veillant sur l'enfance pendant que l'autre s'approvisionnait à trente mètres. J'ignore comment cela se nomme dans les manuels ; je sais seulement que ce n'est pas de l'ordre, et que le mot me manque encore.
Poussons jusqu'au vieux village, que je recommande chaudement aux amateurs de sensations olfactives. Une odeur de cannabis y flotte très souvent, du matin au soir, avec une constance si remarquable qu'on la croirait presque bonne pour une appellation d'origine contrôlée, un terroir, un savoir-faire local qu'il ne resterait plus qu'à faire homologuer. On y deale au grand jour, sans hâte et sans se cacher, avec la sérénité tranquille de gens parfaitement renseignés sur un point : l'uniforme, ici, est une créature de légende, dont on parle beaucoup, que les anciens jurent avoir aperçue jadis, mais que nul n'a plus croisée passé la tombée du jour.
Il faut ensuite consacrer un chapitre entier à nos poubelles, car elles constituent, à elles seules, une énigme locale que je soumets bien humblement aux esprits savants. Les conteneurs sont là, ouverts, vastes, béants, à portée immédiate de bras. Et pourtant les sacs s'entassent avec une obstination admirable juste à côté. Jamais dedans. À côté. Chaque matin, le village s'éveille sous une garniture de détritus que personne ne ramasse, sacs éventrés dans la nuit, cartons détrempés, contenu répandu sur le trottoir en une nature morte que renouvelle fidèlement chaque aube. J'ai longtemps cherché l'explication rationnelle : un couvercle trop lourd pour des bras humains, une malédiction ancestrale, un interdit sacré proscrivant le contact avec l'objet. Je n'ai rien trouvé qui tienne. Il faut se rendre à l'évidence : le geste de soulever un couvercle s'est perdu ici comme d'autres peuples ont perdu le feu, et nul ne se transmet plus le secret de la manœuvre. Nous appelons cela, je suppose, le charme provençal.
Passons aux réjouissances sportives, car Cabannes comblera sans réserve l'amateur d'adrénaline. Traverser sur un passage piéton y est devenu une discipline de haut niveau, qu'on ne devrait aborder qu'après un échauffement sérieux et, idéalement, une assurance à jour. Nos automobilistes ont renoncé au clignotant comme à une superstition d'un autre âge, jugeant sans doute présomptueux, voire indécent, d'annoncer à l'avance où ils comptent tourner ; ils prennent nos rues, celles du vieux village comme les autres, pour un circuit de rallye tracé à leur seul usage, et le piéton pour un plot de slalom fâcheusement disposé sur la trajectoire idéale. Engagez-vous sur les bandes blanches, et vous découvrirez vite qu'elles ne protègent personne : elles ne signalent pas un passage, elles désignent une cible. Il vous arrivera même, privilège insigne, de voir surgir une voiture à pleine vitesse à l'instant précis où vous posez le pied sur la chaussée, et de croiser le regard du conducteur qui, loin de s'excuser, vous foudroiera d'un air offensé, sincèrement scandalisé que vous ayez osé traverser sa piste. À Cabannes, le piéton ne se contente pas de gêner : il est prié de présenter ses excuses pour l'affront que constitue sa simple existence.
Le trottoir, me direz-vous, pour se mettre à l'abri de tout ce beau monde ? N'y comptez pas davantage. Le stationnement y est tenu pour un art libre, volontiers abstrait, résolument affranchi de la contrainte bourgeoise du marquage au sol. On se gare sur les passages piétons avec un aplomb qui force presque le respect, on devine des emplacements là où le bon sens n'en soupçonnait aucun, on cale une berline sur le moindre mètre carré disponible, dans la certitude tranquille que le piéton, lui, saura bien se débrouiller, quitte à descendre sur la route et à céder le passage à Monsieur. Qu'on puisse vouloir marcher, pousser une poussette ou tenir un enfant par la main n'a manifestement jamais effleuré quiconque. Et si, par un rare accès de civisme, il vous prenait l'envie de signaler l'un de ces chefs-d'œuvre à la municipalité, on vous répondra, avec une candeur désarmante, qu'on ne peut rien y faire, que cela dépasse les compétences de la maison. On l'ignorait : faire respecter le stationnement est, chez nous, un mystère administratif au moins aussi épais que celui des couvercles. Le trottoir, en somme, n'est ici qu'un parking qui n'a pas encore pris pleinement conscience de sa vocation.
Un mot, tout de même, sur nos trottinettes électriques, ces bolides silencieux et manifestement débridés qui pulvérisent allègrement les vingt-cinq kilomètres à l'heure du règlement, musique crachée à plein volume, frôlant les corps avec la délicatesse d'un missile un peu distrait. Sachez seulement que si l'idée saugrenue vous venait de suggérer un soupçon de prudence, une once de retenue, on vous gratifierait sur-le-champ d'une bordée d'injures fournie : car dans nos rues, faire remarquer une évidence demeure, et de loin, la plus impardonnable des muflerie.
Un mot encore, tant que nous y sommes, sur le silence, cette denrée rare qu'on ne trouve plus à l'étal du village. La musique s'y déverse à toute heure et de toutes parts : d'une vitre baissée à l'arrêt, d'une trottinette lancée à fond, d'un attroupement planté au coin de la rue, chacun tenant visiblement à faire profiter le quartier entier de ses goûts, qu'on les partage ou non, et de préférence non. Nos groupes de jeunes gens cultivent d'ailleurs une conception très personnelle, très généreuse, de l'espace public : ils y déambulent tard dans la nuit comme on flânerait dans le jardin de sa grand-mère, discutant à pleins poumons, s'invectivant joyeusement dans un français dont la ponctuation semble faite exclusivement de jurons, et cela jusqu'à des heures où le commun des mortels a l'outrecuidance de vouloir dormir. Que d'autres, derrière leurs volets clos, doivent se lever tôt pour aller travailler ne les effleure pas une seconde ; il faudrait, pour cela, concevoir qu'autrui existe et possède un sommeil, effort de pensée qui paraît excéder de beaucoup leurs moyens.
Je tiens pourtant à rendre justice à nos fêtes de village, que j'aime sincèrement, et je serais malhonnête de le taire : elles ont tout ce qu'il faut de chaleur, de musique et de gaieté, et je ne bouderais pour rien au monde ces soirs-là. Le hic survient passé minuit, à l'heure précise où il se trouve encore des gens pour vouloir dormir, coupables de cette manie étrange qui consiste à travailler le lendemain. On retrouve alors, répandus sur la voie publique, des fêtards généreusement chargés d'alcool ou de cannabis, tenant salon à plein volume ; et si un habitant s'aventure à réclamer un peu de calme, il devient aussitôt l'ennemi désigné de la soirée, qu'on toise, qu'on provoque, qu'on met au défi. La plupart n'ont pas vingt ans ; c'est l'âge où l'on a, d'ordinaire, encore quelqu'un derrière soi pour vous rappeler qu'on vit parmi les autres et non parmi les meubles. On aimerait beaucoup savoir où se trouvait cette personne, précisément, le jour prévu pour la leçon.
Reste le clou du séjour, la grande attraction estivale, qui s'ouvre dès dix-huit heures : le parking se métamorphose en station balnéaire. Chaises longues déployées, canettes tenues au frais, une jeunesse visiblement éreintée par une journée dont nul n'a jamais élucidé le contenu vient y goûter un repos bien mérité, et vous laisse au matin, en guise de remerciement pour l'hospitalité, ses bouteilles vides et ses mégots, dont une proportion considérable, notez-le, ne relève pas du tabac. À deux pas de là, le monument aux morts fait obligeamment office d'annexe : point de ralliement à la nuit tombée, dépotoir à l'aube. Une poubelle se dresse pourtant à dix mètres à peine, bien en vue, presque provocante à force d'être ignorée, mais elle participe apparemment du même mystère insondable que nos conteneurs. Nos soldats sont tombés pour ce village ; il leur rend, en guise de flamme éternelle, une couronne de canettes tièdes renouvelée chaque matin.
Je garde enfin un souvenir ému de cette nuit où, à deux heures du matin, je me risquai à réclamer un peu de silence à une quinzaine de jeunes gens. On me répondit avec une concision dont j'admire encore l'élégance : « descends, on va te niquer. » Seule la gendarmerie eut la courtoisie de se déplacer, et le calme revint aussitôt, comme par enchantement ; c'est fou ce que produit une simple présence, au point qu'on en viendrait à soupçonner qu'il s'agit là du métier de quelqu'un. Encore faut-il, pour l'exercer, être présent. Car notre police municipale, elle, baisse le rideau à dix-sept heures. Trois agents, pas un de plus, et passé cette heure sacrée, plus personne : la sécurité des habitants relève alors du domaine privé, les incivilités n'ayant jamais eu la politesse de s'aligner sur les horaires de bureau. On protège ici le citoyen de neuf à cinq ; pour le reste, bon courage, et refermez bien votre porte.
Disons-le sans détour, tant qu'à être honnête jusqu'au bout : laisser ma femme sortir seule le soir est une chose que je n'envisage pas, et je pèse chacun de ces mots. Non par galanterie d'un autre siècle, non par jalousie, mais parce que ce village m'a patiemment enseigné qu'il ne garantit plus à une femme le plus élémentaire des droits, celui d'aller et venir tranquille dans ses propres rues, à l'heure qui lui plaît. Qu'il faille aujourd'hui escorter les siens comme on traverserait un territoire ennemi en dit plus long, sur l'état réel d'une commune, que tous les discours lénifiants dont on voudra bien la farder.
Gardons le meilleur pour la fin : monsieur le maire. Cet homme, il faut le reconnaître, a parfaitement compris l'essentiel. Pendant que ses administrés apprennent l'art délicat de rentrer chez eux le front bas et le pas pressé, lui a fait dresser une somptueuse place tout autour de sa mairie : un écrin, un joyau, un miroir surtout, taillé à la mesure très exacte de son amour-propre, lequel s'est révélé à l'usage infiniment plus vaste que son courage. On peut poser tous les pavés de la terre, aligner toutes les jardinières du département, sans que cela réclame jamais le moindre gramme de cran ; faire régner l'ordre, en revanche, en aurait exigé beaucoup, et c'est précisément la denrée qui manque. Il a soigné la vitrine et laissé pourrir l'arrière-boutique. C'est un choix, après tout, et il l'assume avec une constance qu'on rêverait de lui voir déployer ailleurs, sur des sujets qui, eux, importent.
Je terminerai en trahissant le seul secret que cette lettre gardait encore : j'aime ce village. Je l'aime pour ce qu'il est, et bien davantage pour ce qu'il pourrait être, tant il lui suffirait de peu, un soupçon d'ordre, une once de courage, une poignée de volonté, pour redevenir l'un de ces endroits où l'on rêve de vieillir, propre, paisible, où l'on marche le soir sans compter ses pas ni surveiller ses arrières. Le plus triste, c'est que je le sais déjà : il ne le sera pas. Non par fatalité, non par malédiction, mais par renoncement, celui de ceux qui pourraient agir et préfèrent, obstinément, regarder ailleurs.
Nous ne réclamons pourtant rien d'extraordinaire, rien qu'on n'obtienne partout ailleurs sans même y songer. Que la civilité redevienne la règle et non l'exception qu'on cite avec étonnement. Que le respect cesse d'être un souvenir attendri. Qu'on puisse marcher dans un village propre, serein et respectable, et tenir cela pour parfaitement normal plutôt que pour un petit miracle quotidien. Ce n'est pas un privilège que nous demandons. C'est l'ordinaire, le strict ordinaire d'une commune digne de ce nom.
À Cabannes, voyez-vous, l'argent ne manque jamais dès qu'il s'agit d'orner, de paver, de fleurir ; c'est un maire pour l'assumer qui demeure introuvable. Le décor est planté, la façade repeinte de frais, les pavés brillent sous le soleil. Il ne manque plus, à ce joli théâtre, qu'un homme pour oser y jouer autre chose qu'une comédie.
Une ville qui favorise plus la population agée que la jeunesse!!
Les vieux aussi ont le droit de vivre !
Chiffres de la sécurité, profil de la population, service et équipements : Profitez d'une mine d'informations complémentaires sur la page statistiques officielles de Cabannes 2026 ou encore sur le site officiel de la mairie.
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