Nantes serait-elle devenue une ville dangereuse ?
C'est en tout cas ce que pourrait laisser croire l'engouement médiatique survenu fin septembre. Un sondage à la méthodologie nébuleuse, voire douteuse, révélait en effet que la cité des Ducs de Bretagne arrivait à la 47ème place d'un classement des villes les plus dangereuses au monde. Juste devant Bogota, capitale colombienne tristement réputée pour son taux de criminalité... De là à mettre le feu aux poudres des médias avides d'infos « choc », il n'en fallait pas plus ! S'il est vrai que la criminalité liée aux trafics de stupéfiants et sévissant particulièrement dans certains quartiers nantais connaît une hausse inquiétante depuis une dizaine d'années, peut-on pour autant affirmer que Nantes est devenue une ville où règne l'insécurité ? Nantes serait-elle à ce point dangereuse, voire infréquentable ?

Nantes ou Brest, des villes vraiment dangereuses ?

Un petit rappel des faits et du contexte de cet emballement médiatique s'impose pour commencer. Vendredi 23 septembre, le journal Le Figaro publie un classement des villes les plus dangereuses au monde établi par le site Numbeo, enregistré en Serbie. Ce classement, très largement relayé par l'ensemble des médias français dans les jours qui ont suivi, a été réalisé sans aucune vérification de l'identité des personnes « sondées », lesquelles pouvaient ainsi exprimer leur avis sur le sentiment de sécurité que leur inspirait Nantes sans jamais y avoir mis les pieds. Qui plus est, ces mêmes contributeurs pouvaient également répondre aux quinze questions du « sondage » plusieurs fois. Les questions, portant sur le logement ou encore le coût de la vie par exemple, étaient par ailleurs énoncées pour la plupart de telle façon qu'elles appelaient souvent une réponse orientée, et donc difficilement exploitable. La métropole nantaise recueillant 452 voix (contre 443 pour la capitale colombienne) s'est donc ainsi retrouvée propulsée à la 47ème place de ce classement... juste devant Bogota donc ! De là à prétendre, à partir de ce supposé classement, que Nantes est l'une des villes les plus dangereuses au monde, ne serait-ce pas un peu fort de café (colombien) ?

Déterminés à souligner la discutable pertinence de ce podium, des internautes se sont à leur tour emparés de ce sondage et sont parvenus, en l'espace de quelques heures, à placer Brest en tête du fameux classement. La ville bretonne s'est alors retrouvée à son tour la ville la moins sûre au monde. 

Second élément déterminant dans cette histoire, le lendemain de la publication de ce palmarès était annoncé un fait divers – le viol d'une jeune femme par deux hommes au petit matin - qui a lui aussi contribué à échauffer un peu plus les esprits et susciter de nombreuses et virulentes réactions.

Voilà donc comment Nantes a été projetée sous les feux de la rampe et affublée d'une peu glorieuse image en quelques jours. Le focus médiatique mis ces dernières années sur l'augmentation de la criminalité dans la capitale de l'ouest, sur fond de trafic de drogue face auquel les pouvoirs publics sont impuissants, a probablement joué un rôle dans ce déchaînement de réactions et amplifié le phénomène. Sauf que...

Des chiffres oui mais

D'un côté, implacables, les chiffres et les faits sont là : 55 fusillades à Nantes en 2021, plusieurs blessés par balle, meurtre par balle d'un adolescent. Sans compter certains quartiers où les policiers ne sont officiellement plus les bienvenus et où les habitants vivent avec un stress quotidien, pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Nantes a même été comparée il y a quelque temps à Marseille en termes d'insécurité. De l'autre, les données de la Préfecture de Loire-Atlantique, révélant que les coups et blessures volontaires ont certes augmenté de 17% à Nantes ces cinq dernières années, mais que la moyenne nationale a quant à elle connu une hausse de 30% sur la même période.

De son côté enfin, la municipalité, portée depuis 2014 par la maire socialiste Johanna Rolland, est consciente de ces problèmes de sécurité étroitement liés aux deals et aux réseaux de drogue ainsi qu'aux règlements de comptes qu'ils génèrent. Les policiers, tout comme les pouvoirs publics, sont jusque là impuissants, bien que non résignés. Des actions sont mises en œuvre pour tenter d'apaiser l'atmosphère, à l'image du déploiement de 7o policiers nationaux en parallèle du recrutement de 70 policiers municipaux. Le système de vidéosurveillance est lui aussi discrètement renforcé, non pas dans le but d'empêcher les crimes et les délits mais d'en faciliter la résolution.

Il y a certes les chiffres, les zooms médiatiques, les faits divers... et puis il y a aussi Nantes, une ville de l'ouest dynamique, tant économiquement que culturellement. Une ville où il continue de faire « bon vivre », et une ville qui se positionne à la 23ème place du classement - plus sérieux celui-ci – des Villes et villages préférés des français. En recul d'une place par rapport aux deux éditions précédentes, Nantes demeure néanmoins une métropole où l'on se projette toujours volontiers pour s'installer ou simplement pour venir passer quelques jours. 

Nantes un jour...

Un recul que l'on peut expliquer toutefois par un regain d'intérêt, et cela à l'échelle nationale, pour les villes moyennes et les maisons individuelles avec jardin, plutôt que pour les habitats urbains. Le covid est en effet passé par là... L'insécurité dont on parle temps pour Nantes ne justifie donc pas spécialement ce léger recul, même si elle tend à devenir un argument de plus en plus pregnant dont l'impact sur le marché de l'immobilier est prévu à terme par les professionnels du secteur.

Un contexte qui explique l'attrait récent et de plus en plus marqué des candidats à l'achat immobilier pour les villes périphériques de Nantes, parmi lesquelles Saint-Herblain, Rezé (et son pittoresque ancien village de pêcheurs Trentemoult), Bouguenais ou encore Saint-Sébastien-sur-Loire.

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