Airbnb : bon ou mauvais pour les villes ?
Difficile aujourd'hui d'évoquer le marché de l'hébergement touristique, en France et dans le monde, sans parler de la plateforme Airbnb. Une success story comme on les aime, et surtout une alternative gagnant-gagnant pour les voyageurs comme les particuliers ou les professionnels y proposant un hébergement. Mais comme tout succès, la médaille a son revers. Airbnb, c'est d'abord l'histoire d'une belle histoire. Une histoire inspirante écrite par des entrepreneurs audacieux et déterminés à aller au bout de leur projet.

Il était une fois en Californie...

Il était une fois en Californie...

Avant Airbnb, il y eut « Air Bed and Breakfast », un concept d'hébergement chez l'habitant porté par Brian Chesky et Joe Gebbia, deux des trois fondateurs de la désormais célèbre enseigne. Les deux hommes sont à l'époque, en 2007, dans une période financièrement précaire et viennent de s'installer en Californie. En quête de solutions pour faire face, ils décident de proposer l'hébergement aux voyageurs dans le but de palier le manque de chambres d'hôtels dans leur ville. Ils se lancent en offrant à leurs hôtes le gîte (sur matelas gonflable, « air bed ») et le couvert matinal pour la somme de 80 dollars. Nathan Blecharczyk rejoint le duo l'année suivante ; un site internet est créé pour faciliter la gestion des réservations et les premières briques de l'entreprise que l'on connaît aujourd'hui sont posées. Les trois jeunes entrepreneurs ont ensuite l'idée de créer deux boîtes de céréales à l'effigie des deux candidats à l'élection présidentielle américaine : Barack Obama et John Mc Cain. L'opération leur permet ainsi d'obtenir 30 000 dollars en deux mois et de poursuivre le développement de leur société. L'histoire se poursuit et la sauce continue de prendre à vitesse grand V, aux États-Unis puis partout dans le monde. Aujourd'hui, Airbnb est une entreprise cotée en bourse qui serait, selon le groupe financier Bloomberg, valorisée à 100 milliards de dollars.

Et les villes dans tout ça ?

Une belle histoire donc, qui a vu l'avènement et l'essor fulgurant d'une entreprise répondant à un nouveau besoin et une nouvelle façon de consommer dans le secteur du tourisme. Les propriétaires de biens immobiliers y ont vu l'opportunité de se constituer un revenu complémentaire, quand les voyageurs y ont quant à eux trouvé une façon de voyager autrement : plus conviviale que l'hôtel et généralement plus abordable, avec un fonctionnement simplifié grâce au système de réservation. Un succès par ailleurs particulièrement retentissant en France, qui représente à ce jour le deuxième marché de la plateforme derrière les États-Unis. 

Reste qu'au fil du temps, le succès grandissant du désormais géant Airbnb a commencé à susciter d'abord la méfiance, puis l'inquiétude des professionnels du secteur de l'hébergement touristique, lesquels n'ont pas tardé à ressentir les effets du succès de cette plateforme mondiale.

Les villes ont progressivement dû faire face à un autre constat, à savoir un parc locatif privé de plus plus en réduit, avec des conséquences inévitables sur les prix des locations. Dans ce contexte, les pouvoirs publics se sont emparés du problème en vue de réguler ce type de location touristique et ainsi éviter une situation de pénurie locative dans les villes françaises.

En créant Airbnb, Brian Chesky n'avait certainement pas l'ambition d'en arriver là et de priver les locaux d'accéder au logement. C'est pourtant ce qui est train de se passer dans certaines villes françaises, à l'image de Paris, cela sur fond de crise économique et de marché de l'immobilier tendu. Les propriétaires de meublés constatent en effet qu'ils retirent davantage de bénéfices à mettre ponctuellement en location leurs biens, plutôt que de les louer à l'année. Sans compter les avantages fiscaux générés par la location de courte durée, eux aussi fort attractifs. Dans ce contexte, au-delà des municipalités, les associations d'aide au logement, parmi lesquelles la Fondation Abbé Pierre et la Ligue des Droits de l'Homme ont rédigé une tribune - Stop à la niche fiscale Airbnb - publiée dans le journal Libération en octobre 2022 afin de sensibiliser le public aux effets co-latéraux de la plateforme. 

Réglementer pour réguler

Réglementer pour réguler

En France, la loi interdit à un propriétaire de louer ou à un locataire de sous-louer un logement dont la surface est inférieure à 9 mètres carrés. La loi prévoit également une limitation des locations de courte durée à 120 jours par an au maximum, avec par ailleurs l'obligation d'effectuer un changement d’usage à partir du moment où le bien loué est une résidence secondaire proposé à la location sur Airbnb ou autre type de plateforme de location touristique de courte durée.

D'autre part, toujours dans cette démarche d'encadrer les locations afin de réguler le marché, certaines villes françaises ont pris les devants il y a quelques années en imposant l'enregistrement des locations meublées de courte durée. Cette mesure visait à contrôler le respect de la durée maximale de location annuelle fixée à 120 jours. C'est notamment le cas de Strasbourg, qui a mis en place cette obligation dès 2018, rapidement suivie par Bordeaux, Lyon, Toulouse, Aix-en-Provence, Annecy ou encore Nice, Tours et Biarritz. Désireuses de défendre leur parc immobilier locatif et d'agir pour préserver l'accès au logement de leurs habitants, ces villes sont à leur tour montées au créneau.

Et ce mouvement ne se concentre pas uniquement dans l'hexagone puisque les villes européennes se mobilisent également dans ce but.

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