Stop au gaspillage : les villes françaises s'engagent !
Qu'il soit alimentaire ou publicitaire, le gaspillage fait aujourd'hui partie de nos quotidiens, sans qu'il soit pour autant inévitable. Une fois les prises de conscience intégrées, reste en effet à passer à l'action. Ce que certaines villes françaises sont justement de plus en plus nombreuses à faire… Les chiffres sont suffisamment éloquents pour donner à s'interroger, et même modifier nos habitudes de consommation. 10 millions de tonnes de nourriture par an : c'est ce que représente en France le gaspillage alimentaire (source : ecologie.gouv.fr). Ce gaspillage prend racine dès la production des produits, puis se poursuit pendant la transformation, la distribution et enfin, la consommation, laquelle se révèle la phase la plus concernée par le gaspillage (33%). Quant à l'ADEME (Agence de la transition énergétique), elle estime que le coût de nourriture gaspillé chaque année par français s'élève à 108€, soit 16 milliards d'euros par an en France. Face à ces données plutôt vertigineuses, et plutôt que de se limiter à en parler, certaines villes dont décidé de prendre les choses en main et d'agir.

Nouvelle économie pour la bataille anti-gaspi

Nouvelle économie pour la bataille anti-gaspi

Ainsi, à Bordeaux et dans la métropole bordelaise, c'est toute une économie circulaire qui est en train de se mettre en place dans le but de réduire de façon significative le gaspillage alimentaire. Une épicerie d'un nouveau genre vient ainsi d'ouvrir ses portes fin août dans cette optique. « Nous anti-gaspi », le nom de cette épicerie, achète aux grandes enseignes des produits destinés à être jetés car non conformes aux cahiers des charges ou livrés en retard par exemple, et donc trop rapidement périssables. Parmi les produits proposés à la vente, les fruits et légumes mal calibrés font le bonheur des clients de ce commerce prisé des bordelais. Autre exemple éco-inspirant dans la capitale girondine, l'enseigne La Toque cuivrée élabore des plats à partir de fruits et de légumes locaux victimes d'une sur-production. Alors qu'ils étaient devenus encombrants pour leurs producteurs, ils connaissent une seconde vie et sont transformés en confitures, compotes, gaspachos... Production, transformation et distribution sont donc locales, et l'opération est gagnante à tous les niveaux : du côté des producteurs qui tirent un bénéfice de leur sur-production et limitent ainsi la perte, du côté de l'enseigne qui développe une filière en valorisant ces produits, et du côté des clients, qui profitent de produits frais à moindre coût. 

 

Un autre domaine où les villes peuvent agir efficacement pour diminuer le gaspillage alimentaire est la restauration scolaire. Si un premier pas a été franchi en 2018 avec la loi Egalim imposant aux cuisines et cantines centrales de distribuer les aliments non servis à des associations d'aide alimentaire, le chemin est encore long pour arriver à 100% d'anti-gaspi. Dans la lignée de cette mesure, les maires de trois arrondissements parisiens (9ème, 10ème et 11ème) ont signé une charte visant, d'une part, à réduire les portions servies aux enfants, limiter le pain et améliorer la qualité des repas d'autre part. En permettant aux enfants de mieux manger, l'objectif est ainsi de moins gaspiller. Un peu plus loin, dans la région parisienne, et plus récemment, c'est le maire de Courbevoie qui s'est engagé dans cette lutte en emmenant dans son sillage les directeurs des commerces de la ville, les associations locales et la start-up Phenix en les faisant eux aussi signer une charte du don anti-gaspillage. L'objectif : que le don des denrées alimentaires invendues devienne systématique, quelle que soit la surface du magasin. Jusqu'à présent, la loi sur le gaspillage alimentaire prévoyait en effet que seuls les commerces de plus de 400m2 distribuent leurs invendus à des associations.

Le papier, l'autre produit gaspillé

Le papier, l'autre produit gaspillé

Le papier, l'autre cheval de bataille de la lutte anti-gaspi. L'ADEME estime à 894 000 tonnes la quantité de papier imprimée terminant à la poubelle sans avoir été lue. Un quart des français sont d'ailleurs opposés à cette technique publicitaire, et un autre quart la considère inutile (source : France Pub). Alors que la rentrée vient de sonner, l'opération « Oui pub » vient d'être lancée dans le but de réduire le gaspillge publicitaire. Le principe ? Alors que, jusque là, les consommateurs ne souhaitant pas recevoir dans leurs boîtes aux lettres d'imprimés publicitaires pouvaient le signaler en apposant l'autocollant « Stop Pub », la démarche est désormais inversée. Sans autocollant « Oui Pub », les distributeurs de prospectus ne déposent plus de publicités dans la boîte. Depuis le 1er septembre, l'initiative est pour l'heure lancée à titre expérimental dans 14 territoires pour une période de trois ans. Une expérimentation directement inspirée de la Convention citoyenne pour le climat, qui s'inscrit dans le cadre de la loi Climat et résilience de 2021. 

 

S'il est évidemment trop tôt pour voir se dessiner les contours de l'impact de cette opération sur le gaspillage de papier, reste que l'initiative ne laisse pas indifférent et suscite déjà de nombreuses réactions, en particulier au sujet des répercussions économiques et du manque à gagner généré par cette baisse de la distribution de prospectus. À Fougères, en Ille-et-Vilaine, l'expérimentation a tourné court puisque le SMICTOM, le Pays de Fougères, a choisi de se retirer du dispositif juste avant sa mise en œuvre, cela en raison de la peur des conséquences économiques pour la région. 

 

Le retour à une consommation raisonnée et responsable est en train de poindre un peu partout en France. Autant de petites graines semées ici et là, dont les récoltes ne sauraient tarder à se manifester. Une chose est sûre, le train anti-gaspi est en marche et devrait prendre de la vitesse dans les mois et les années à venir. Il appartient désormais aux villes françaises de choisir le rôle qu'elles souhaitent jouer, à savoir locomotive ou wagon. 

Partager l'article :